Saturation

Cela fait plus d'un an que je souhaitais écrire cet article. De quoi s'agit-il ? De l'avenir des blogs.

Le 31 mai 2014, cinq mois après le lancement de mes sites, j'ai commencé à travailler sur eux avec la même motivation que d'habitude. Puis, après une demi-heure passée à lire des commentaires d'autres blogueurs, j'ai eu une impression désagréable : celle d'arriver trop tard sur un marché saturé.

Un moment de doute, en somme. C'est humain. Mais est-il justifié ?

L'audience n'augmente plus

Détaillons cela. J'ai créé deux sites, l'un dédié à la science-fiction, et celui que vous êtes en train de lire, sans thème précis mais où les sujets dominants sont le blog et l'internet. Une recherche sous Google montre "relativement" peu de sites dédiés à la SF.

Mais dans le second cas, c'est la folie ou presque. Rien que sur le web français, les "blogs dédiés au blog" sont des dizaines, et bien souvent écris par des professionnels : développeurs web, graphistes, spécialistes du référencement, etc.

Il y a peu de temps encore, trouver des concurrents me motivait. Je me disais que s'il y a beaucoup de personnes sur un créneau, c'est qu'il y a des lecteurs intéressés.

Mais si ces derniers sont nombreux, ils ne sont pas non plus en nombre illimité. J'écris en français, mais mes modèles sont anglophones. Or nous sommes, nous francophones, environ 80 millions dans le monde, à comparer avec environ 440 millions d'anglophones. C'est déjà une belle différence.

Pourtant, l'écart réel est encore plus grand, car le blogueur qui utilise la langue de Shakespeare ne touche pas seulement les locuteurs natifs, il peut être lu par les millions de personnes qui parlent l'anglais en seconde langue.

En fait, on peut largement doubler son audience potentielle, soit environ 800 millions, ce qui représente du coup 10 fois celle d'un blogueur français. Car, malheureusement pour ce dernier, bien peu d'étrangers le comprennent. Ce qui restreint fatalement son public.

Les chiffres de fréquentations des blogueurs américains ne doivent donc pas faire rêver : ils partent avec un énorme avantage.

Ajoutez à cela que le taux d'équipement en accès internet augmente encore, mais avec 80% des foyers connectés en France, la marge de progression se réduit.

L'apparition des tablettes facilite l'accès au web, mais en 2014, quatre ans seulement après la présentation du premier iPad, leurs ventes ralentissaient déjà, et la tendance se confirme en 2015. On comprend donc que l'audience francophone s'approche de son maximum possible.

Par conséquent, la saturation guette.

Les blogueurs se multiplient

Ce que j'appelle la saturation, c'est le trop grand nombre de blogueurs, surtout ceux qui n'écrivent pas pour le plaisir mais pour en tirer un revenu.

Tout est parti avec des gens comme Olivier Roland et Aurélien Amacker, qui ont développé dans les années 2007-2008 un business pyramidal copié sur celui de leurs homologues américains : ils vendent des formations "pour apprendre à bloguer" à des novices qui se dépêchent d'en faire autant à leur tour.

En apparence, cela fonctionne. D'ailleurs, c'est en tombant sur le site d'Olivier Roland, début 2014, que j'ai décidé de me remettre au blog.

Problème : leur méthode de vente marche surtout pour... vendre des méthodes de vente. Or il y a peu de business rentables en dehors de quelques créneaux comme la séduction, le développement personnel et le blog. Et ceux là sont archi saturés. Pour les autres, les lecteurs sont trop peu nombreux pour permettre de gagner sa vie correctement.

Certes, vous trouverez par exemple un blogueur traitant de photographie qui affichera un chiffre d'affaire stupéfiant. Mais les arbres ne montent pas jusqu'au ciel, et si le secteur est porteur, la concurrence arrivera rapidement et massivement. Jusqu'à ce que la part de chacun soit minuscule.

Oui, certains arriveront à en vivre, et prendront leur propre exemple pour vous démontrer que "c'est possible". Ne vous y trompez pas : cela ne concernera qu'une minorité, celle qui s'en donne les moyens - comprenez qui travaille dur et à plein temps sur le sujet. Pas les salariés qui s'amusent le soir après le boulot.

Car les méthodes prônées par le duo Roland-Amacker sont tellement décomplexées qu'eux-mêmes ou leurs "élèves" proposent souvent des produits inefficaces à des tarifs indécents. C'est ce que l'on appelle vendre du rêve.

Un tel comportement génère beaucoup de déceptions et, à mon avis, finira par nuire à l'image des blogueurs-vendeurs en général. Eh oui, l'éthique ça compte.

Le contexte se dégrade

Ajoutons que le business du blog fait des envieux parmi les entreprises traditionnelles. Or celles-ci disposent de moyens autrement plus importants que monsieur Toutlemonde dans son salon.

On voit apparaître petit-à-petit des formations de qualité professionnelle contre lesquelles les petits blogueurs ne pourront pas lutter, comme Tutsplus et Team Tree House par exemple.

Mais ce n'est pas fini. Il y a une autre menace sur les blogs : la mise au rencard par les moteurs de recherche, car ils en sont trop dépendants.

Récemment, plusieurs blogueurs ont souligné que Google tendait à privilégier les sites institutionnels, c'est à dire ceux des grands groupes.

Pourquoi ? Inévitablement, il s'agit d'une question d'argent. De plus en plus, la position dans les résultats est influencée par les campagnes payantes comme AdWords. En gros, on vous propose de payer pour être mieux classé.

A ce petit jeu, les gagnants sont ceux qui ont le plus de moyens, notamment les entreprises. Face à elles, un simple particulier ne peut pas lutter.

On verra donc des marques se lancer sur le web, et obtenant immédiatement, grâce à leur notoriété préexistante et/ou à leur carnet de chèque, un public nombreux.

Mais à côté de cela, des centaines d'inconnus trimeront des mois voire des années sans percer. Bien sûr, quelques anciens à l'audience déjà constituée surnageront, mais la majorité restera dans l'anonymat, loin dans les dernières pages de Google.

Le phénomène commence d'ailleurs à se voir. En ce moment, j'observe autour de moi des blogueurs "pro" qui retournent au salariat. Et pourtant, de part leur expérience et leur enthousiasme, ils semblaient les plus aptes à pouvoir vivre de leur site.

Pourquoi renoncent-ils ? Parce que leur trafic n'augmente pas voire diminue. Leurs revenus ne sont pas ou plus suffisants, surtout comparé à la quantité de travail que le blog demande.

Certains reconnaissent leur échec, d'autres le masquent sous des prétextes divers, mais le fait est qu'ils n'ont pas trouvé leur public. Or si les plus doués jettent l'éponge, quid des autres ?

Bloguer par passion

Pas très marrant tout cela ? Oui mais pas tant que cela, finalement.

Car je suis revenu à mon hypothèse de départ, à savoir que le blog que vous lisez est plus un hobby, une activité sans objectif réalisée par pur plaisir. Quant au premier, il correspond réellement à une passion que peut-être je monnaierai un jour en vendant mes livres.

Le doute était passé, et l'envie revenait.

Quelle conclusion tirer de tout cela ? Qu'il y a un mal pour un bien. Que nous sommes peut-être en train de revenir aux sources du blog : la réflexion personnelle partagée publiquement, la discussion via les commentaires, et l'aide vraiment désintéressée.

Alors vite, un nouvel article !


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