Pourquoi le livre en papier ne disparaitra pas

Oui, je sais ce que vous allez me dire : ça fait presque dix ans que le marché du livre électronique a décollé avec l'arrivée de l'iPad d'Apple en 2010. Et que lire en version électronique n'a plus rien d'original et va progressivement devenir la norme.

Et pourtant, je vois encore des milliers de références en format papier sur Amazon ou à la FNAC par exemple. Comme quoi le livre traditionnel n'est pas mort, loin de là. Mais pourquoi ?

Les bonnes vieilles bibliothèques font de la résistance (crédits photo : Unsplash)

Oublions tout de suite l'argument écolo : l'objet de cet article n'est pas de faire une leçon de morale à ceux qui aiment le papier. Certes les forêts se porteraient mieux sans lui, mais il y a des défis plus urgents à relever et en ce qui me concerne, je n'aurais aucun scrupule à acheter un livre traditionnel.

Je parle au conditionnel car ce n'est plus le cas. Sauf exception, je lis tout (notamment les romans commentés dans mon autre blog) au format ePub ou, s'il n'est pas disponible, en Kindle d'Amazon.

C'est tellement plus pratique qu'on se demande pourquoi tout le monde ne le fait pas. Après tout, on a maintenant presque tous un smartphone, généralement avec un grand écran, et un simple logiciel permet d'en faire une liseuse.

Et à une époque ou l'immobilier, donc la place, coûte de plus en plus cher, l'avantage de l'électronique est flagrant. En version ePub, toute ma bibliothèque tient dans une clé USB !

Alors, les ophtalmologues vous diront qu'un livre n'émet pas sa propre lumière, et par conséquent qu'il est moins fatiguant pour vos yeux qu'un écran. Sauf qu'aujourd'hui, les liseuses type Kobo ou Kindle à écran passif, c'est-à-dire non rétroéclairé, n'ont pas ce problème.

Personnellement je reste partisan de la lecture sur smartphone. Avantages : pas d'achat de matériel supplémentaire, et les nombreuses options de personnalisation compensent l'éclairage.

On peut par exemple afficher le texte en blanc sur fond noir, ou noir sur sépia, changer la police et la taille de caractères, l'espacement des interlignes, et même le mode de lecture - page à page vers la droite, ou défilement continu vers le bas, etc.

Alors, si on peut s'en passer facilement, qu'est-ce qui sauve le papier ?

D'abord le besoin d'un contact physique. Nous sommes des humains, pas des machines. Nous ne réagissons donc pas seulement à des critères purement cartésiens.

Il y a aussi en nous une part d'irrationnel, je dirais même de sensibilité. Car un livre, c'est d'abord un objet ; on peut apprécier de le toucher, de tourner les pages.

Et même de… sentir son odeur - je me rappelle d'ailleurs de celle des Livres dont VOUS êtes le héros de mon enfance. Elle devait être liée à l'encre utilisée, mais elle constituait indéniablement une part du plaisir que j'avais à les ouvrir. L'équivalent de la madeleine de Proust, en somme.

Quant au livre d'art, il a une valeur en soi, indépendamment de son contenu. Une valeur financière parfois, mais surtout sentimentale. C'est le cas notamment pour ceux qui utilisent des matériaux nobles (cuir, papier épais, etc.).

Bien évidemment, on ne peut pas avoir toute sa bibliothèque sous cette forme, mais quelques volumes constituent une sorte de trésor qu'on conserve précieusement et affiche avec fierté.

La chanson de Roland, ici dans la magnifique édition de Jean de Bonnot

Le livre a aussi un rôle décoratif - une bibliothèque bien remplie peut être plus plaisante à regarder qu'un mur nu - voire psychologique : en avoir beaucoup sous-entend que vous êtes un intellectuel, ou compétent dans votre spécialité. Ce n'est pas pour rien que les écrivains, les médecins, les chercheurs et les universitaires les étalent fréquemment dans leur bureau.

Mais surtout, un "vrai" livre, bien en vue sur votre chevet, vous pousse à la lecture, alors qu'un fichier informatique est invisible. L'objet aide à se motiver, tout simplement.

Et dans un monde moderne où les repères traditionnels ont tendance à disparaitre, quelques bouquins sagement rangés sur une étagère nous rassurent. Ils comblent un vide, dans tous les sens du terme.

Bref on comprend pourquoi la bibliothèque classique a la vie dure. Et c'est tant mieux, finalement.


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